W2GO
Disponible sur Google Play

Cadillac-sur-Garonne, bastide médiévale entre château ducal, Garonne et mémoires

Cadillac-sur-Garonne

En bref

  • Cadillac-sur-Garonne est une bastide fondée en 1280 qui conserve deux portes fortifiées, trois tours et de longs pans de remparts.
  • Le château ducal associe le faste d’un palais du XVIIe siècle à une histoire carcérale beaucoup plus sombre commencée en 1818.
  • Près de 10 000 femmes ont été détenues dans le château lorsqu’il servait de Maison de force et de correction au XIXe siècle.
  • La Porte de la Mer conserve archères, mâchicoulis et une échelle des crues rappelant le lien ancien de la ville avec la Garonne.
  • Le Cimetière des Oubliés rassemble les sépultures de milliers d’anciens patients de l’hôpital psychiatrique, dont des soldats traumatisés par la Première Guerre mondiale.
  • La promenade relie facilement portes médiévales, place centrale, château, église et bords de Garonne en traversant le cœur historique.

Cadillac-sur-Garonne, une bastide médiévale entre château et fleuve

Sur la rive droite de la Garonne, au cœur du vignoble de l’Entre-deux-Mers, Cadillac-sur-Garonne concentre un patrimoine étonnamment dense pour une petite cité. Son plan de bastide médiévale, ses remparts, ses portes fortifiées, son imposant château ducal, son église et son histoire liée au fleuve se découvrent facilement à pied.

Cadillac-sur-Garonne a rejoint en 2025 le réseau des Petites Cités de Caractère, devenant la première commune de Gironde à bénéficier de cette reconnaissance. La distinction souligne autant la qualité du patrimoine architectural que les efforts engagés pour préserver et valoriser la bastide.

Une ville neuve fondée en 1280

La bastide est créée en 1280 par Jean de Grailly, sénéchal d’Aquitaine, dans le contexte de l’Aquitaine alors placée sous domination anglaise. Comme les autres villes nouvelles du Sud-Ouest, Cadillac est organisée suivant un plan rationnel destiné à fixer une population, faciliter les échanges et affirmer un pouvoir sur le territoire.

La ville conserve encore très lisiblement cette organisation médiévale. Les rues se coupent à angle droit et délimitent des îlots réguliers, tandis que la place centrale constitue le cœur économique et collectif de la cité. La proximité du confluent de la Garonne et du ruisseau de l’Oeuille explique également la forme particulière de la bastide et son importance ancienne comme port fluvial.

Les fortifications sont développées après la fondation. Une partie importante de l’enceinte subsiste encore, avec deux portes fortifiées, trois tours et de longs pans de remparts. Une promenade d’environ 45 minutes permet déjà d’en observer plusieurs éléments tout en traversant le centre historique.

La Porte de la Mer, face aux marées de la Garonne

La Porte de la Mer est l’un des vestiges médiévaux les plus impressionnants de Cadillac. Construite à partir du début du XIVe siècle, elle contrôlait l’accès à la ville depuis le côté de la Garonne. Archères, mâchicoulis et terrasse crénelée rappellent sa fonction défensive, tandis qu’un pont-levis la fermait autrefois.

Son nom témoigne d’une particularité géographique du secteur : bien que Cadillac se trouve loin de l’océan, les effets des marées se font encore sentir dans la Garonne. Sous la porte, une échelle des crues conserve la mémoire des débordements du fleuve, devenus particulièrement marquants après le comblement des fossés au pied des remparts.

Le secteur constitue donc un bon endroit pour comprendre à quel point l’histoire de Cadillac est liée à la fois à son rôle de place forte et à la navigation sur la Garonne.

La Porte de l’Horloge et les anciennes défenses de la bastide

À l’autre extrémité du centre ancien, la Porte de l’Horloge était autrefois appelée Porte Vernihaut. Édifiée au début du XIVe siècle, elle possédait un passage défendu par une herse, un assommoir et un pont-levis, surmonté de plusieurs niveaux percés d’archères.

Son apparence actuelle date en partie du XVIIIe siècle. En 1772, un étage supplémentaire, une toiture en dôme et un clocheton sont aménagés pour recevoir un mécanisme d’horlogerie. Cette superposition entre architecture défensive médiévale et transformations civiles plus tardives illustre bien l’évolution de la ville.

La place centrale, ses arcades et son marché vieux de plusieurs siècles

Comme dans toute bastide, la vie s’organise autour de la place centrale. Des arcades, ou couverts, bordaient autrefois ses quatre côtés et permettaient d’abriter commerces et échanges. Certaines sont toujours visibles dans les façades environnantes.

La halle occupait déjà le centre de la place au Moyen Âge. L’édifice originel en bois a été remplacé au XIXe siècle par une construction en pierre qui accueille également l’hôtel de ville.

Cadillac a surtout conservé une tradition particulièrement ancienne : son marché hebdomadaire remonte à la création de la bastide. Aujourd’hui encore, il s’étend dans les rues du centre avec de nombreux commerçants et producteurs, dont une part importante travaille en circuit court. Le jour de marché est l’un des meilleurs moments pour découvrir la bastide dans une atmosphère animée.

Le château ducal, du palais d’apparat à la prison pour femmes

À quelques pas de la place se dresse le monument majeur de Cadillac : le château ducal. Sa construction débute en 1599 à l’initiative de Jean-Louis de Nogaret de La Valette, premier duc d’Épernon. Né simple cadet de Gascogne en 1554, ce favori d’Henri III connaît une ascension spectaculaire qui le conduit parmi les personnages les plus puissants du royaume.

Le palais est édifié sous Henri IV puis Louis XIII et constitue l’un des premiers grands exemples d’architecture à la française. Le duc y reçoit des personnages prestigieux tels que Louis XIII, Anne d’Autriche, Richelieu, Mazarin et, plus tard, Louis XIV. Molière est également lié à l’histoire du lieu par le second duc d’Épernon.

À l’intérieur, le visiteur découvre des cheminées monumentales, plafonds peints, appartements ducaux et royaux ainsi qu’une remarquable collection de près de quarante tapisseries historiques. La visite révèle cependant une seconde histoire beaucoup plus sombre.

La première prison pour femmes de France

Après la Révolution, le château est fortement dégradé puis vendu à l’État. En 1818, il est transformé en Maison de force et de correction pour femmes, considérée comme la première prison pour femmes de France. Près de 10 000 détenues passent par l’établissement au cours du XIXe siècle dans des conditions particulièrement difficiles.

Le château devient ensuite une école de préservation destinée aux jeunes filles et conserve une fonction d’enfermement jusqu’en 1952. Les cellules et espaces carcéraux visibles pendant la visite contrastent fortement avec le faste des appartements du XVIIe siècle.

Cette double lecture, palais princier puis lieu d’enfermement, constitue aujourd’hui l’une des grandes originalités de la visite. Il faut généralement prévoir environ une heure et demie pour parcourir les différents niveaux du monument.

Le duc d’Épernon et la mystérieuse mort d’Henri IV

L’histoire du château est aussi accompagnée d’une étonnante légende politique. Jean-Louis de Nogaret de La Valette fut longtemps accusé d’avoir participé, directement ou indirectement, au complot ayant conduit à l’assassinat d’Henri IV par Ravaillac en 1610.

Cette « légende noire » s’explique notamment par les relations difficiles entretenues entre le duc et le roi ainsi que par le fait que Ravaillac connaissait le duc, alors gouverneur d’Angoulême. Aucun élément historique ne permet cependant d’établir qu’Épernon ait commandité le régicide. Fait troublant, il se trouvait dans le carrosse royal au moment de l’assassinat et aurait demandé que Ravaillac soit capturé vivant afin qu’il puisse être jugé.

Cette controverse, qui a alimenté historiens et écrivains pendant plusieurs siècles, ajoute une dimension romanesque au personnage déjà hors norme du duc d’Épernon.

L’église Saint-Blaise et Saint-Martin

Face au château, l’ancienne collégiale Saint-Blaise et Saint-Martin complète l’ensemble monumental. Fondée à la fin du XVe siècle par la famille de Foix-Candale, elle est reconstruite au XVIe siècle et intégrée en partie à l’ancienne enceinte de la bastide.

Au XVIIe siècle, le duc d’Épernon fait aménager une chapelle funéraire destinée à recevoir le mausolée familial. L’église conserve également un important retable en marbre et bronze installé au XVIIe siècle. Son clocher et sa façade occidentale ont été largement remaniés au XIXe siècle.

Sur le côté de l’édifice, les traces de l’ancienne Porte de Benauge rappellent qu’une troisième porte fortifiée existait autrefois dans le prolongement de la rue avant sa destruction au XIXe siècle.

Le Cimetière des Oubliés, un lieu de mémoire singulier

Cadillac possède également un patrimoine beaucoup plus méconnu : le Cimetière des Oubliés. Ce lieu appartenait à l’ancien hôpital psychiatrique et a accueilli les sépultures de patients décédés dans l’établissement au cours des XIXe et XXe siècles.

Les recherches historiques menées lors de sa restauration ont établi que 4 464 personnes y ont été inhumées. Parmi elles figurent des civils mais aussi des anciens combattants de la Première Guerre mondiale atteints de graves séquelles psychiatriques. Un carré particulier conserve 98 sépultures de ces soldats autrefois qualifiés de « mutilés du cerveau ».

Longtemps tombé dans l’oubli, le cimetière a fait l’objet d’un important travail historique, paysager et mémoriel. Un mur du souvenir redonne aujourd’hui leur identité aux personnes qui y reposent et un espace d’interprétation permet de mieux comprendre leur histoire. Le lieu offre une approche rare et émouvante de l’évolution de la psychiatrie et du traitement des traumatismes de guerre.

Cadillac au cœur d’un grand territoire viticole

La découverte de la ville serait incomplète sans évoquer son vignoble. Les coteaux dominant la Garonne accueillent notamment les appellations Cadillac, Cadillac Côtes de Bordeaux et Premières Côtes de Bordeaux.

La Maison des Vins, également appelée La Closière, est installée dans une ancienne demeure viticole du XVIIIe siècle. Elle accueille un espace consacré à l’histoire de la vigne et du vin ainsi qu’un parcours extérieur permettant de reconnaître les principaux cépages et de comprendre les travaux réalisés dans le vignoble au fil des saisons.

La position de Cadillac en bord de Garonne a longtemps facilité l’expédition des vins vers Bordeaux. Le fleuve, le port et le vignoble sont ainsi intimement liés à l’histoire économique de la bastide.

Se promener entre remparts, Garonne et jardins

Cadillac-sur-Garonne se prête particulièrement bien à la découverte à pied. Une boucle patrimoniale permet de relier les remparts, les anciennes portes, la place centrale et le château en moins d’une heure, avant de poursuivre vers les bords de Garonne ou les espaces verts.

Le jardin public est accessible librement toute l’année. Le jardin situé à proximité du château et le parc municipal offrent d’autres possibilités de promenade, avec des conditions d’accès qui peuvent varier selon les périodes.

La bastide fonctionne comme une zone de rencontre où les piétons sont prioritaires et la circulation automobile limitée. Plusieurs parkings sont disponibles à proximité immédiate du centre, notamment des emplacements gratuits à durée limitée nécessitant l’utilisation d’un disque.

Comment organiser une journée à Cadillac-sur-Garonne ?

Une première découverte peut commencer par les deux portes médiévales et la place centrale avant de rejoindre l’église puis le château ducal. La visite intérieure du château mérite à elle seule environ une heure et demie. Le reste de la journée peut être consacré au vignoble, au Cimetière des Oubliés, aux bords de Garonne ou simplement aux rues de la bastide.

Le château propose régulièrement des visites théâtralisées, visites thématiques, expositions et rencontres autour de son histoire. Certaines animations nécessitent une réservation, contrairement à la promenade libre dans la ville.

Pour prolonger une escapade culturelle en direction de la métropole bordelaise, les activités, lieux culturels et sorties à découvrir à Talence permettent ensuite d’associer patrimoine, musées, jardins et expériences plus contemporaines.

Cadillac-sur-Garonne mérite donc largement plus qu’un simple arrêt devant son château : entre bastide médiévale, palais ducal, mémoire carcérale et psychiatrique, vignoble et histoire fluviale, la petite cité permet de traverser près de huit siècles d’histoire en quelques rues.

Infos pratiques

Guide de poche intelligent

L'appli gratuite qui trouve les meilleures idées de sorties

Des milliers d'activités et événements en Dordogne, Gironde, Corrèze, Lot et Lot-et-Garonne

  • 100 % gratuit
  • Aucune inscription
  • En quelques secondes

Fiche créée le 16/10/2025, dernière mise à jour le 16/10/2025.

À voir aussi à proximité