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Canal des Moines à Aubazines, marcher au fil d’un chef-d’œuvre hydraulique médiéval

Canal des Moines

En bref

  • Le canal chemine sur environ 1,5 km dans le granite, sur des murs de soutènement et parfois en encorbellement au-dessus des gorges.
  • Les moines cisterciens d’Obazine détournent les eaux du Coiroux après 1142 pour alimenter abbaye, moulins, jardins, ateliers et viviers.
  • Les bâtisseurs ont maintenu une pente moyenne d’environ 0,5 %, suffisamment faible pour acheminer l’eau sur ce relief difficile.
  • Baignoires rocheuses, bretèches, encorbellements et brèche Saint-Étienne témoignent de solutions techniques spectaculaires pour franchir les parois.
  • Selon la légende, Étienne d’Obazine aurait béni un énorme rocher qui se serait alors fendu comme sous le coup d’une épée.
  • Le parcours alterne bruit de l’eau, sous-bois, passages rocheux et ouvertures sur les gorges du Coiroux.

Un chef-d’œuvre hydraulique suspendu au-dessus du Coiroux

Le Canal des Moines accompagne le versant boisé qui domine les gorges du Coiroux, aux portes d’Aubazines. Sur environ 1,5 kilomètre, l’eau chemine dans un ouvrage tantôt creusé dans le granite, tantôt porté par des murs de soutènement ou construit en encorbellement au-dessus du vide. Cette alliance entre paysage, histoire monastique et prouesse technique en fait l’une des promenades patrimoniales les plus originales de Corrèze.

Le sentier longe presque continuellement le canal. Bruit de l’eau, passages rocheux, sous-bois et ouvertures sur la vallée rythment une balade qui demande davantage d’attention qu’un chemin de promenade ordinaire.

Pourquoi les moines d’Obazine ont-ils construit ce canal ?

Au XIIe siècle, la communauté fondée par Étienne d’Obazine s’installe sur un promontoire favorable à l’établissement du monastère, mais éloigné d’une source suffisamment abondante. Après 1142, les moines cisterciens entreprennent donc de détourner une partie des eaux du Coiroux pour les conduire jusqu’à l’abbaye.

L’eau répondait à de nombreux besoins : vie quotidienne et hygiène de la communauté, fonctionnement des moulins et des ateliers, irrigation des jardins, potagers, prairies et alimentation des viviers. À l’approche du monastère, elle accélérait pour actionner l’ancien moulin abbatial avant de rejoindre un vaste bassin rectangulaire aménagé sous les fenêtres du réfectoire.

Le canal est protégé au titre des Monuments historiques depuis les années 1960. Son entretien reste indispensable : végétation, intempéries, fuites et fréquentation fragilisent régulièrement le chemin-digue et ses maçonneries.

Une prouesse d’ingénierie médiévale

Les bâtisseurs ont maintenu une pente moyenne d’environ 0,5 %, assez faible pour conduire l’eau sans qu’elle ne s’échappe trop rapidement vers la vallée. Ils ont dû contourner des parois, entailler directement le granite et édifier des murs épais et étanches, parfois à une quarantaine de mètres au-dessus du précipice.

Plusieurs aménagements portent des noms évocateurs :

  • la prise d’eau, où une partie du Coiroux est captée en amont du village ;
  • les baignoires, succession de cuvettes façonnées au contact de la roche ;
  • les bretèches et encorbellements, qui permettent de franchir les secteurs les plus abrupts ;
  • la brèche Saint-Étienne, passage ouvert dans un imposant bloc de granite.

Une légende attachée à cette dernière raconte que le rocher aurait arrêté l’avancée du chantier. Étienne aurait alors levé la main et béni la pierre, qui se serait fendue comme sous le coup d’une épée. Le récit merveilleux traduit l’admiration suscitée par un travail que les générations suivantes peinaient à expliquer.

Quelle promenade choisir ?

La formule la plus directe consiste à suivre le canal en aller-retour depuis le village jusqu’à la prise d’eau. Il faut compter environ une heure trente pour cette découverte, selon le rythme et les arrêts consacrés aux ouvrages et aux panoramas. Le départ habituel se trouve près du lavoir, au bord de la route de Tulle.

Des boucles d’environ trois heures permettent de prolonger la randonnée vers les reliefs environnants. Le circuit « Du puy au canal », plus sportif, rejoint notamment le Puy de Pauliac et sa table d’orientation, un cromlech classé, l’ermitage de Roche Bergère et plusieurs points de vue sur Aubazine et le bassin de Brive.

Des visites guidées sont proposées pendant la saison estivale. Elles expliquent le captage de l’eau, les méthodes de construction et les légendes du parcours. La réservation est nécessaire pour cette formule payante, dont le retour s’effectue généralement en autonomie. La promenade libre reste normalement gratuite et sans réservation.

Un sentier spectaculaire mais exigeant

Malgré sa longueur modérée, le parcours ne convient pas à tous les visiteurs. Certaines portions étroites longent une pente ou un à-pic et peuvent impressionner les personnes sujettes au vertige. Le sol peut être humide, irrégulier ou glissant près de l’eau.

  • Porter des chaussures de marche fermées et adhérentes.
  • Emporter de l’eau et adapter la sortie aux conditions météorologiques.
  • Surveiller étroitement les enfants dans les passages exposés.
  • Ne pas emprunter le sentier avec une poussette, un vélo ou un véhicule motorisé.
  • Les animaux sont interdits, y compris les chiens tenus en laisse.

Le site est explicitement signalé comme non accessible aux personnes à mobilité réduite. Les poussettes sont également incompatibles avec la configuration du chemin.

Accès et état du parcours

Aubazines se rejoint depuis l’axe reliant Brive-la-Gaillarde à Tulle. Des possibilités de stationnement existent près de l’école et du lavoir ; il convient ensuite de suivre la signalétique pédestre. D’autres accès rejoignent le canal depuis la route du lac, le Saut de la Bergère ou les hauteurs du village.

Le canal est habituellement accessible librement toute l’année, sauf pendant les journées d’entretien. Une fermeture de sécurité à durée indéterminée a toutefois été annoncée par la commune après la chute d’un arbre sur le parcours. En l’absence de date officielle de réouverture clairement publiée, il est indispensable de vérifier l’état de l’accès auprès de la mairie ou de l’office de tourisme avant le déplacement.

Prolonger la découverte autour d’Aubazines

L’abbatiale et les bâtiments monastiques permettent de replacer le canal dans son contexte cistercien. Pour composer une escapade plus large, les activités, le patrimoine et les sorties autour de Tulle associent notamment musées, cascades et loisirs familiaux.

Le patrimoine religieux peut aussi se poursuivre aux Grottes de Saint-Antoine de Padoue à Brive, sanctuaire franciscain installé dans un parc de cinq hectares. Pour changer de registre tout en restant au contact des savoir-faire locaux, la ferme Mohair du Coteau présente l’élevage de chèvres Angora et la transformation artisanale de leur fibre.

Infos pratiques

Téléphone : +33 5 65 33 22 00

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Fiche créée le 01/04/2025, dernière mise à jour le 19/07/2026.

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