Château & Jardins de Losse à Thonac, la Renaissance entre forteresse et jardins de la Vézère

En bref
- Le Grand Logis Renaissance de 1576 a été construit au cœur d’une forteresse médiévale dont les douves, murailles et dispositifs défensifs sont toujours très présents.
- Jean II de Losse, page de François Ier puis tuteur du futur Henri IV, transforma la demeure après une longue carrière militaire et politique auprès de la Cour.
- Les jardins labellisés Jardin Remarquable mêlent charmilles, chambres de verdure, topiaires, knot garden, bambouseraie, fontaines et promenades jusqu’à la Vézère.
- Le billet permet de découvrir à la fois les salles meublées du Grand Logis et un parcours paysager qui utilise les anciennes fortifications comme promenades.
- Une chasse au trésor destinée aux 5-11 ans entraîne les enfants à travers jardins, douves, chemins de ronde et petit labyrinthe de bambous.
- La princesse Nhu May d’Annam, fille de l’empereur Hàm Nghi et ingénieure agronome, transforma Losse en exploitation agricole à partir de 1930.
Château & Jardins de Losse, la Renaissance au bord de la Vézère
À quelques kilomètres de Montignac-Lascaux, le Château & Jardins de Losse réunit dans un même domaine une forteresse médiévale, un élégant logis Renaissance, du mobilier des XVIe et XVIIe siècles et des jardins classés Jardin Remarquable. Installé directement au bord de la Vézère, l’ensemble est particulièrement harmonieux : les murailles, les douves, le châtelet, les terrasses et les jardins s’intègrent au relief naturel de la vallée.
Losse est moins une forteresse spectaculaire qu’un lieu où l’on comprend comment l’art de vivre se transforme à la Renaissance. Le château conserve ses défenses médiévales mais s’ouvre davantage à la lumière, aux perspectives et au paysage. La visite se poursuit naturellement dans des jardins recréés dans l’esprit des XVIe et XVIIe siècles, puis dans un parc qui descend jusqu’à la rivière.
Une place forte établie dès le XIe siècle
La famille de Losse, originaire de Flandres, s’installe dans la vallée de la Vézère dès le XIe siècle et y construit une première place forte. Sa position permet de surveiller cet axe de circulation naturel qui traverse le Périgord.
Le monument visible aujourd’hui conserve l’organisation défensive héritée de cette longue histoire. On entre dans le domaine après avoir franchi les douves et un puissant châtelet, avant de découvrir le Grand Logis installé à l’intérieur des murailles médiévales.
Cette juxtaposition est essentielle pour comprendre Losse : le château n’a pas été entièrement reconstruit en demeure de plaisance. Les propriétaires ont conservé une grande partie des fortifications tout en introduisant une architecture beaucoup plus raffinée au cœur de l’ancienne forteresse.
Jean II de Losse, soldat, courtisan et bâtisseur
Le personnage central de l’histoire du château est Jean II de Losse, né en 1504. Page de François Ier, il sert ensuite François II, Charles IX et Henri III et devient également tuteur du futur Henri IV. Sa carrière militaire et politique le conduit au plus près de la Cour de France.
Il y découvre les nouvelles formes architecturales de la Renaissance. Lorsqu’il revient en Périgord à la fin de sa carrière comme lieutenant général gouverneur du Limousin et de la Guyenne, il décide de moderniser sa demeure ancestrale.
En 1576, il fait construire le Grand Logis Renaissance dans l’enceinte médiévale. L’époque reste cependant troublée par les guerres de Religion. Son expérience militaire l’amène donc à conserver et adapter les défenses : ouvertures pour canons, couleuvrines et mousquets permettent désormais de croiser les tirs autour de la forteresse.
« L’homme fait ce que peut, la Fortune ce que veut »
Jean II de Losse n’était pas seulement un soldat. Homme cultivé, contemporain de Montaigne et proche du milieu intellectuel de son époque, il fait graver plusieurs devises dans la pierre du château.
La plus célèbre se lit sur la façade du châtelet : « L’homme fait ce que peut, la Fortune ce que veut ». Le mot Fortune désigne ici le destin. Cette formule résume assez bien la vie d’un homme ayant connu les guerres, les changements de règne et les incertitudes politiques du XVIe siècle.
Ces inscriptions constituent l’un des détails intéressants à rechercher pendant la visite : elles permettent de découvrir la personnalité du propriétaire derrière l’architecture du monument.
Un Grand Logis Renaissance conservé dans son enceinte médiévale
Classé Monument Historique depuis 1928, le Grand Logis montre comment les résidences aristocratiques évoluent à la fin du Moyen Âge. Les espaces s’ouvrent davantage vers l’extérieur et la lumière tandis que les façades adoptent des proportions et un décor plus élégants.
Le château présente également une importante collection de mobilier d’époque Renaissance, complétée par des tapisseries, tableaux et objets anciens. Cheminées monumentales, pièces meublées et décors permettent de replacer l’architecture dans son usage quotidien plutôt que de visiter une coquille vide.
La visite du Grand Logis peut se faire avec un audioguide inclus dans le billet. Des visites guidées de l’intérieur sont également proposées régulièrement pendant la saison principale, sans réservation obligatoire pour la visite classique.
Une restauration menée depuis les années 1970
Le château actuel doit beaucoup au vaste travail de sauvegarde entrepris depuis 1976. Après plusieurs décennies de dégradation, une famille franco-belge passionnée de patrimoine rachète le domaine et engage une restauration de longue haleine en collaboration avec les services des Monuments Historiques.
Charpentes, toitures, maçonneries, décors et parquets ont progressivement été restaurés. Le chantier a connu plusieurs épisodes difficiles, notamment une violente tempête qui détruisit une grande partie de la toiture du Grand Logis à la fin des années 1980.
Ce travail permet aujourd’hui de découvrir un château dont la structure et l’apparence générale restent profondément liées au XVIe siècle, tout en conservant les traces de son origine médiévale.
Des jardins recréés dans l’esprit de la Renaissance
Parallèlement à la restauration du château, les jardins ont été entièrement recréés à partir des années 1990. Il ne s’agissait pas de reproduire artificiellement un plan ancien disparu mais de retrouver l’esprit des jardins français, italiens et anglais des XVIe et XVIIe siècles.
Le résultat a obtenu le label Jardin Remarquable en 2004 puis le Prix de l’Art du Jardin de la Fondation Signature de l’Institut de France. La visite alterne espaces géométriques et promenades plus naturelles, avec plusieurs jardins possédant chacun leur ambiance.
Charmille, chambres de verdure et petit labyrinthe
La grande charmille constitue l’un des espaces les plus caractéristiques du domaine. Les arbres taillés forment des couloirs et des chambres de verdure qui s’enchaînent comme autant de pièces extérieures.
Le tracé devient progressivement plus labyrinthique avant d’atteindre l’ellipse et la fontaine du Satyre. De petites ouvertures ménagées dans les haies offrent des vues cadrées sur le château, les buis et les floraisons.
La bambouseraie ajoute une séquence plus ludique avec un petit dédale particulièrement apprécié des enfants. Cette succession d’ambiances évite la monotonie que peuvent parfois donner de grands jardins uniquement géométriques.
Une terrasse Renaissance dominant la Vézère
La grande terrasse établit un lien spectaculaire entre le Grand Logis et la vallée. Un balcon du XVIe siècle surplombe la Vézère et offre une large perspective sur la campagne.
Cette ouverture sur le paysage illustre parfaitement l’évolution de l’architecture à la Renaissance. Là où la forteresse médiévale cherchait surtout à protéger et à surveiller, la demeure du XVIe siècle cherche désormais aussi à contempler son environnement.
Les parterres de buis et les différentes floraisons sont conçus pour dialoguer avec les façades du château. Selon l’endroit où l’on se place, le jardin devient ainsi un premier plan mettant en scène le monument.
Chemin de ronde, topiaires et jardin bas
Le jardin utilise habilement les anciennes fortifications. Une tonnelle ombragée conduit au chemin de ronde, où les topiaires reprennent par endroits la forme de créneaux. Les rosiers couvrent progressivement les murs tandis que différentes essences taillées structurent les perspectives.
Dans le jardin bas, un canal associé à la fontaine d’Apollon et de Vénus traverse les plantations. Lavandes, arbustes taillés et floraisons accompagnent le bruit de l’eau et donnent au parcours une dimension autant sensorielle que visuelle.
Un knot garden, ou jardin de nœuds, complète cette composition. Ses motifs géométriques formés par des bordures végétales rappellent un type de jardin particulièrement apprécié par les élites européennes à la Renaissance.
Des douves sèches jusqu’au Bain des Nymphes
Au-delà des jardins formels, les anciennes douves ont été plantées et transformées en promenade. Le parcours rejoint ensuite le parc situé au nord du château et longe progressivement la Vézère.
Le chemin conduit jusqu’au Bain des Nymphes, bassin aménagé dans le rocher au XVIIe siècle. Cette partie du domaine offre une ambiance beaucoup plus naturelle, avec la rivière et les grands arbres en contrepoint des topiaires et parterres réguliers.
Pour prolonger la découverte de la vallée par une autre approche, les activités et visites autour de Montignac-Lascaux permettent de combiner Losse avec les grands sites préhistoriques, villages, balades et autres patrimoines de la Vézère.
La princesse Nhu May d’Annam, une propriétaire hors du commun
L’histoire de Losse réserve un épisode beaucoup plus récent et particulièrement original. En 1930, le domaine devient la propriété de la princesse Nhu May d’Annam, fille de l’empereur Hàm Nghi.
La princesse avait suivi des études à l’Institut National Agronomique, où elle fut la seule femme de sa promotion et dont elle sortit major en 1927. À Losse, elle transforme le domaine en exploitation agricole, élève des bovins limousins, cultive du blé et conduit elle-même son tracteur.
Son implication dans la modernisation des méthodes agricoles en Périgord lui vaut d’être nommée chevalier de la Légion d’honneur et officier du Mérite agricole. Une tradition attachée au domaine raconte également qu’une cache d’armes destinée à la Résistance aurait été dissimulée dans le parc, anecdote présentée comme un récit local plutôt que comme un fait définitivement établi.
À la fin de sa vie, la princesse habite une petite maison voisine du château. Elle y reste jusqu’à sa mort en 1999. Cette demeure accueille aujourd’hui une exposition consacrée à son parcours.
Le Jardin de la Princesse pour déjeuner ou faire une pause
Le jardin de l’ancienne maison de Nhu May accueille désormais Le Jardin de la Princesse, un salon de thé-restaurant réservé aux visiteurs pendant sa période d’ouverture. Installé sous les arbres, il propose repas, desserts et rafraîchissements.
Deux espaces de pique-nique permettent également de déjeuner avec son propre repas, notamment près du restaurant et vers le Bain des Nymphes. Le site dispose aussi de toilettes et d’une boutique.
Une visite familiale avec chasse au trésor
Losse se prête bien à une découverte avec des enfants. Une chasse au trésor destinée aux 5-11 ans propose une série d’énigmes à résoudre dans les jardins et les fortifications. Les départs se font en continu et aucune réservation n’est nécessaire.
Les douves, chemins de ronde, passages sous les charmilles et mini-labyrinthe de bambous donnent naturellement au domaine un côté exploration. Des animations ponctuelles peuvent compléter la visite, notamment autour des jardins, de la chevalerie ou de savoir-faire historiques.
À Montignac-Lascaux, le Mini golf Saint-Pierre Loisirs permet ensuite de poursuivre la journée par une activité familiale de 18 trous dans un parc fleuri, avec snack et autres équipements de loisirs.
Une visite libre ou guidée du château et des jardins
Le billet donne accès au Grand Logis et aux jardins avec un audioguide disponible dans plusieurs langues. Des visites guidées de l’intérieur du château sont également proposées quotidiennement pendant une grande partie de la saison, avec des horaires définis le jour même.
Une visite guidée du logis dure environ 45 minutes. Pour découvrir l’ensemble du domaine sans se presser, mieux vaut prévoir entre une heure et deux heures, voire davantage si l’on souhaite se promener jusqu’au bord de la Vézère, profiter du restaurant ou participer à une animation.
Le billet adulte est d’environ 12 €. Les jeunes, étudiants et personnes en situation de handicap disposent d’un tarif réduit et l’entrée est gratuite pour les enfants de moins de cinq ans.
Réservation et périodes de visite
Le domaine est ouvert de manière saisonnière, du début du printemps jusqu’à l’automne. Pendant la principale période d’ouverture, les billets sont disponibles directement sur place ou en ligne et la réservation n’est pas obligatoire pour une visite individuelle classique.
En début et en fin de saison, le fonctionnement change : l’accès se fait uniquement avec une réservation effectuée en ligne. Il est donc conseillé de consulter les conditions correspondant à sa date de visite avant de se déplacer.
Des expériences particulières, visites premium et soirées organisées sur le domaine utilisent également leur propre système de réservation.
Des soirées et animations dans un décor Renaissance
Losse organise régulièrement des animations qui utilisent les jardins et la terrasse comme décor. Ateliers avec la jardinière, spectacles historiques et démonstrations viennent ponctuellement compléter la visite classique.
Les soirées estivales constituent l’expérience la plus originale : le château et ses jardins se découvrent alors dans une ambiance nocturne, avec visite, dîner aux chandelles sur la terrasse et musique face à la Vézère. Ces rendez-vous disposent d’une billetterie spécifique et de places limitées.
Accessibilité et conseils pratiques
Le domaine indique explicitement que l’accès des personnes à mobilité réduite est limité. Certains secteurs peuvent être parcourus mais la configuration historique du château, des fortifications et des jardins ne permet pas de considérer l’ensemble comme intégralement accessible. L’accès à certaines parties comportant des escaliers étroits ou irréguliers est notamment déconseillé aux personnes ayant des difficultés de mobilité.
Les poussettes ne sont pas admises à l’intérieur du château. Avec un très jeune enfant, un porte-bébé est donc plus pratique pour visiter le Grand Logis.
Les animaux ne sont pas admis sur le domaine. Un parking privé est disponible sur place pour les visiteurs.
Que faire à proximité du Château de Losse ?
Quelques kilomètres en aval, le Donjon, Manoir et Jardin de la Salle à Saint-Léon-sur-Vézère offre un intéressant prolongement à la visite de Losse, avec un donjon médiéval, un manoir meublé, des jardins, un chemin de ronde et des vues sur l’un des villages les plus remarquables de la vallée.
Ces deux sites permettent d’ailleurs de comparer deux manières très différentes de faire évoluer une demeure médiévale : à Losse, le logis Renaissance s’insère directement dans une puissante enceinte fortifiée tandis que La Salle associe donjon médiéval et manoir plus résidentiel.
Pourquoi visiter le Château & Jardins de Losse ?
Losse est l’un des sites où architecture, histoire et art des jardins sont le plus étroitement liés. La visite ne consiste pas simplement à parcourir un château puis un parc : les fortifications deviennent promenades, le Grand Logis s’ouvre sur les terrasses, les topiaires prolongent les murailles et le parcours se termine naturellement sur la Vézère.
L’histoire de Jean II de Losse donne une véritable cohérence à l’ensemble Renaissance, tandis que le destin étonnant de la princesse Nhu May apporte une seconde histoire, beaucoup plus moderne, au domaine. Entre salles meublées, jardins remarquables, fortifications et rivière, le site constitue ainsi l’une des visites patrimoniales les plus complètes autour de Montignac-Lascaux.
Infos pratiques

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Fiche créée le 02/05/2025, dernière mise à jour le 06/08/2026.

