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Eglise Saint-Bruno à Bordeaux : trésor baroque, trompe-l’œil et chefs-d’œuvre

En bref

  • Saint-Bruno est considérée comme la première église baroque construite à Bordeaux et constitue le principal vestige de l’ancienne chartreuse Notre-Dame-de-Miséricorde.
  • La nef est couverte d’un vaste trompe-l’œil du XVIIIe siècle où fausses architectures, colonnades et perspectives donnent l’illusion d’un espace prolongé.
  • Le maître-autel conçu par Servandoni puis modifié par Soufflot possède deux faces, autrefois tournées vers les fidèles et vers le chœur des Chartreux.
  • L’Annonciation conserve une Vierge attribuée à Pietro Bernini et un ange réalisé par son fils Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin.
  • L’ancien chœur des moines conserve des stalles et boiseries rocaille sculptées de coquilles, feuillages, fleurs et colombes.

L’église Saint-Bruno, un joyau baroque méconnu de Bordeaux

À l’écart des monuments les plus fréquentés du centre historique, l’église Saint-Bruno constitue l’une des découvertes patrimoniales les plus surprenantes de Bordeaux. Ancienne église du monastère des Chartreux, elle est considérée comme la première église baroque construite dans la ville et conserve un décor intérieur particulièrement spectaculaire : marbres, stucs dorés, boiseries sculptées, peintures monumentales et immense voûte en trompe-l’œil composent un ensemble très différent de l’architecture gothique que l’on associe souvent au patrimoine religieux bordelais.

Classée monument historique depuis 1862, Saint-Bruno est aujourd’hui le principal vestige architectural de l’ancienne chartreuse Notre-Dame-de-Miséricorde. Le lieu reste affecté au culte : une visite doit donc se faire dans le respect des offices et des temps de prière.

Des Chartreux aux portes de Bordeaux

L’histoire commence bien avant la construction de l’église actuelle. Les premiers Chartreux arrivent à Bordeaux en 1383, fuyant notamment les troubles de la guerre de Cent Ans. Ils installent un premier ermitage à l’extérieur des murailles, dans un secteur qui s’urbanise progressivement avec l’arrivée de négociants liés au commerce du vin et des eaux-de-vie.

Les religieux quittent finalement ce quartier devenu trop animé à la fin du XVIe siècle. Leur présence y laissera toutefois une trace durable : le secteur conserve encore aujourd’hui le nom de Chartrons, directement hérité des Chartreux.

Au début du XVIIe siècle, le cardinal François d’Escoubleau de Sourdis, archevêque de Bordeaux et grande figure de la Réforme catholique dans la ville, acquiert un vaste terrain marécageux aux portes de Bordeaux, dans l’actuel secteur de Mériadeck. Plusieurs années de travaux sont nécessaires pour assainir le sol avant de pouvoir entreprendre la nouvelle chartreuse.

La première église baroque de Bordeaux

La première pierre de l’église est posée en 1611 en présence du cardinal de Sourdis et d’Henri II de Bourbon, prince de Condé et gouverneur de Guyenne. Les maîtres maçons bordelais Jean Dapril, Marc Doucet et Pierre Villain dirigent le chantier. L’édifice est consacré en 1620 sous le vocable de Notre-Dame-de-Miséricorde.

Son architecture s’inspire directement des églises romaines développées après le concile de Trente. Saint-Bruno constitue ainsi le premier grand manifeste de l’architecture religieuse baroque à Bordeaux. Sa façade à plusieurs niveaux est rythmée par des pilastres corinthiens, des entablements et un fronton courbe. Une statue de la Vierge à l’Enfant occupe la grande niche centrale, tandis que les armes du cardinal de Sourdis rappellent le rôle déterminant de l’archevêque dans la construction.

L’intérieur s’organise autour d’une nef unique voûtée en berceau, prolongée par un transept et l’ancien chœur des moines. À mesure que l’on avance vers le sanctuaire, le décor devient de plus en plus théâtral, conformément à l’esthétique baroque qui cherchait à impressionner et à émouvoir le fidèle.

Un décor spectaculaire de marbres, stucs et ors

Le cœur visuel de Saint-Bruno se situe autour de la croisée du transept. Les fenêtres du dôme éclairent un ensemble monumental où se mêlent marbres précieux, stucs, dorures, sculptures et peintures. L’autel a été dessiné par Giovanni Niccolò Servandoni puis modifié par Jacques-Germain Soufflot, futur architecte du Panthéon à Paris.

Sa conception est particulièrement originale : l’autel possède deux faces afin que la célébration puisse autrefois être suivie aussi bien depuis la nef des fidèles que depuis le chœur réservé aux Chartreux. Le tabernacle associe plusieurs marbres et présente des décors différents selon le côté depuis lequel on l’observe.

Le décor conserve également des œuvres associées à quelques-uns des grands noms de l’art européen. Un ensemble de l’Annonciation comprend une Vierge attribuée à Pietro Bernini et un ange réalisé par Gian Lorenzo Bernini, dit le Bernin. Des peintures monumentales complètent cette mise en scène, tandis que plusieurs sculptures de saints occupent les niches du transept.

Levez les yeux : la spectaculaire voûte en trompe-l’œil

L’un des éléments les plus impressionnants se découvre en levant les yeux vers la voûte. Entre 1771 et 1772, le peintre d’origine italienne Juan Antonio Berinzago réalise un vaste décor en trompe-l’œil couvrant la nef. Fausses architectures, colonnades corinthiennes, balustrades, portiques, médaillons et perspectives donnent l’illusion que le bâtiment se prolonge bien au-delà de sa structure réelle.

Ces peintures furent plusieurs fois restaurées après avoir été altérées par le temps et la fumée des cierges. Une campagne majeure menée au début des années 2000 par des spécialistes italiens a permis de rendre au décor une grande partie de son éclat. C’est aujourd’hui l’un des éléments à observer en priorité pendant la visite.

Le chœur des moines et ses boiseries rocaille

Derrière le transept s’étend l’ancien chœur des Chartreux. Il a été remanié au XVIIIe siècle afin de l’intégrer harmonieusement à la partie destinée aux fidèles. Ses stalles et boiseries, sculptées notamment par François Vanderheyde et Marc II Chabry, constituent un remarquable exemple du style rocaille.

Coquilles dissymétriques, feuillages, guirlandes de fleurs, colombes et motifs religieux se succèdent sur les panneaux. Quatorze stalles sont encore conservées sur place parmi la cinquantaine qui se trouvaient autrefois dans la nef ; plusieurs autres ont été transférées à la cathédrale Saint-André.

Un imposant lutrin en bois sculpté de la fin du XVIIe siècle complète le mobilier. Son aigle aux ailes déployées et ses décors de pampres, de raisins et de colombes constituent une véritable sculpture à part entière.

Un orgue romantique de Joseph Merklin

Le chœur abrite également un orgue construit par Joseph Merklin en 1876. À l’origine, cet instrument de caractère symphonique comptait seize jeux. Son buffet occupe aujourd’hui un grand encadrement qui avait initialement été conçu pour mettre en valeur une peinture.

La musique demeure pleinement associée à la vie de l’église : Saint-Bruno est toujours un lieu de culte actif et l’orgue accompagne certains offices et manifestations religieuses.

Dix chapelles et de nombreuses œuvres à observer

La visite mérite de ne pas se limiter au maître-autel. La nef et le transept donnent accès à plusieurs chapelles dont les décors furent largement repris au XIXe siècle. Stucs blancs et dorés, autels en marbre et statues anciennes composent de petits ensembles indépendants.

La chapelle Saint-Bruno conserve notamment une statue en bois stuqué représentant le fondateur de l’ordre en prière et attribuée à Jacques Sarrazin. La chapelle de la Vierge possède quant à elle un autel en marbre de Gênes et une statue en albâtre de Joseph-Hugues Fabisch.

Plusieurs panneaux explicatifs installés dans l’édifice permettent de mieux comprendre l’architecture, les sculptures, les tableaux et les orgues. Ils sont particulièrement utiles lors d’une visite libre.

Que reste-t-il de l’ancienne Chartreuse ?

L’église faisait autrefois partie d’un vaste monastère comprenant cellules de religieux, jardins, cloîtres et espaces communautaires. Le petit cloître, achevé en 1631, possède encore des arcades ouvertes sur l’ancienne cour où furent enterrés les moines jusqu’à la Révolution. Il était autrefois décoré de scènes de la vie de saint Bruno.

La Révolution française marque une rupture majeure. Les congrégations religieuses sont supprimées, les biens des Chartreux confisqués et une grande partie du monastère détruite. Son vaste enclos est progressivement réaffecté, notamment pour devenir le cimetière de la Chartreuse, qui se trouve toujours face à l’église.

L’édifice religieux échappe cependant à la disparition. Il est rendu au culte au XIXe siècle puis devient église paroissiale. D’importantes campagnes de restauration et d'aménagement sont ensuite menées, notamment à la fin du XIXe siècle lorsque les abords sont restructurés et que la place actuelle est créée.

Visiter librement ou découvrir les espaces habituellement fermés

L’église peut être découverte gratuitement en visite libre pendant ses périodes d’ouverture touristique. Des visites commentées sont également organisées régulièrement par l’association chargée de mettre en valeur son patrimoine. Elles permettent d’approfondir l’histoire du monument et, selon la formule proposée, d’accéder à des espaces complémentaires comme le cloître et l’ancienne salle capitulaire.

La visite guidée dure environ deux heures et son tarif adulte est d’environ 12 €. Pour une simple découverte de l’église, aucune réservation n’est nécessaire. Les groupes souhaitant une visite spécifique doivent en revanche organiser leur venue à l’avance.

L’accès aux personnes en fauteuil roulant est signalé comme possible, mais la circulation à l’intérieur de l’édifice peut présenter certaines difficultés. Il est donc prudent de vérifier les conditions d’accueil pour une visite nécessitant une accessibilité complète.

Une étape facile à intégrer dans une journée à Bordeaux

Saint-Bruno se trouve à proximité de Mériadeck et peut facilement être intégrée à une découverte plus large de Bordeaux. Son relatif éloignement des circuits touristiques les plus fréquentés en fait justement une visite intéressante pour découvrir un patrimoine moins connu.

Après cette parenthèse baroque, notre sélection pour découvrir Bordeaux entre patrimoine, quais, jardins et expériences culturelles permet de poursuivre la journée avec d’autres idées de visites. Pour rester dans le registre monumental, la Flèche Saint-Michel offre un autre regard sur l’architecture religieuse bordelaise. Ceux qui souhaitent changer complètement d’ambiance peuvent aussi découvrir Marco Polo à Bordeaux.

Pourquoi l’église Saint-Bruno mérite le détour ?

Saint-Bruno est l’un des meilleurs exemples de patrimoine bordelais capable de surprendre même les visiteurs connaissant déjà la ville. Derrière une façade relativement discrète se cache un ensemble baroque d’une richesse exceptionnelle, où l’architecture romaine du XVIIe siècle dialogue avec le trompe-l’œil italien, les sculptures, les marbres, les boiseries rocaille et un orgue du XIXe siècle.

Le principal conseil est simple : ne traversez pas l’église trop rapidement. Prenez le temps d’observer successivement la façade, le transept, l’autel, les sculptures, les chapelles, les stalles puis surtout la voûte. La richesse du décor tient précisément à l’accumulation de détails que l’on ne remarque pas nécessairement au premier regard.

Infos pratiques

Adresse : Place du 11 novembre, 33000 Bordeaux
Téléphone : +33 5 57 81 83 30

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Fiche créée le 22/06/2025, dernière mise à jour le 21/07/2026.

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