Eglise Sainte-Marie de la Bastide à Bordeaux, découvrir l’architecture audacieuse de Paul Abadie sur la rive droite

En bref
- Le clocher-porche coiffé d’une flèche bulbeuse donne à Sainte-Marie une silhouette particulièrement inhabituelle dans le paysage bordelais.
- Paul Abadie mêle librement références gothiques, romanes, Renaissance et byzantines dans un édifice annonçant certaines recherches du Sacré-Cœur de Montmartre.
- Le clocher repose sur 136 pieux enfoncés dans le terrain humide et tourbeux de la Bastide.
- Les tassements du sol ont conduit l’architecte à remplacer les voûtes maçonnées initialement prévues par une charpente de bois laissée apparente.
- Les vitraux commandés en 1883 au maître verrier Édouard Didron contribuent à l’unité décorative de la nef et du chœur.
- L’église accompagne l’essor industriel de la rive droite lié au pont de pierre, au chemin de fer et à la gare d’Orléans au XIXe siècle.
Une église singulière sur la rive droite de Bordeaux
Au cœur du quartier de la Bastide, l’église Sainte-Marie se reconnaît immédiatement à son clocher-porche coiffé d’une flèche bulbeuse. Cette silhouette inhabituelle dans le paysage bordelais témoigne de l’imagination de Paul Abadie, l’un des grands architectes religieux français du XIXe siècle. Derrière son allure néomédiévale, le monument raconte aussi l’essor industriel de la rive droite, les difficultés d’un chantier mené sur un sol instable et les recherches architecturales qui annonceront le Sacré-Cœur de Montmartre.
Toujours affectée au culte catholique, Sainte-Marie n’est pas un monument figé : elle demeure une église paroissiale vivante. Sa découverte convient particulièrement aux amateurs d’architecture, de patrimoine religieux et d’histoire urbaine, mais aussi aux promeneurs souhaitant explorer Bordeaux au-delà de son centre historique.
Une nouvelle église pour un quartier en pleine expansion
Au début du XIXe siècle, La Bastide se développe rapidement sur la rive droite de la Garonne. L’ouverture du pont de pierre, l’arrivée du chemin de fer et l’activité liée à la gare d’Orléans favorisent l’installation d’entreprises et d’une importante population ouvrière. Une première chapelle, édifiée dans le quartier au cours des années 1830, devient bientôt trop petite.
Le projet d’un édifice plus vaste est décidé vers 1860. La construction de l’église actuelle débute en 1863 sur un terrain donné par Jules Pineau. Le chantier, ponctué d’interruptions et de modifications, s’étend jusqu’aux années 1880. Il s’inscrit dans le renouveau de l’art religieux encouragé à Bordeaux par le cardinal Donnet.
Paul Abadie intervient alors sur plusieurs monuments bordelais, notamment les façades et dépendances d’églises anciennes. Il travaille également sur les sacristies de la cathédrale Saint-André de Bordeaux. Sainte-Marie lui offre toutefois la possibilité de concevoir un édifice neuf et d’expérimenter un vocabulaire architectural très personnel.
Un spectaculaire défi posé par le sol de la Bastide
La construction doit composer avec un terrain humide et tourbeux, peu favorable à un bâtiment aussi massif. Pour stabiliser le clocher, les bâtisseurs enfoncent 136 pieux profondément dans le sol. Paul Abadie choisit également de désolidariser la tour du corps principal afin que les mouvements de l’une ne fragilisent pas l’autre.
La nef repose sur un ingénieux système d’arcs renversés en pierre de taille aménagés entre les piliers. Malgré ces précautions, des tassements apparaissent pendant le chantier. L’architecte abandonne alors les voûtes maçonnées prévues à l’origine et les remplace par une charpente en bois laissée apparente. Cette solution dictée par la géologie est devenue l’un des éléments les plus remarquables de l’intérieur.
L’histoire du chantier explique ainsi une partie de l’aspect actuel du monument : Sainte-Marie est autant le produit d’une ambition artistique que d’une adaptation pragmatique aux contraintes naturelles de la rive droite.
Une architecture entre Moyen Âge et influences byzantines
L’église adopte un plan allongé composé d’une vaste nef flanquée de bas-côtés, sans transept saillant, prolongée par un chœur à cinq pans. Son décor mêle librement plusieurs références. Les arcs, pinacles et gargouilles évoquent le gothique, tandis que les volumes arrondis, les coupoles et certaines formes du clocher rappellent les traditions romane, Renaissance et byzantine.
À l’extérieur, le regard est attiré par le clocher-porche placé devant la nef. Sa flèche élancée, presque orientale, se termine par une lanterne qui répond aux quatre petits couronnements disposés aux angles de la tour. Cette composition annonce certaines recherches que Paul Abadie développera ensuite pour la basilique du Sacré-Cœur de Montmartre.
Autre particularité, l’église a été orientée vers l’avenue Thiers, principal axe du quartier, plutôt que de respecter strictement l’orientation liturgique traditionnelle vers l’est. Son porche a par ailleurs été fortement endommagé lors des combats de la Libération en 1944, ajoutant un épisode contemporain à l’histoire déjà mouvementée de l’édifice.
Que regarder à l’intérieur de Sainte-Marie ?
Une fois le seuil franchi, la hauteur de la nef et la charpente apparente donnent à l’espace une atmosphère chaleureuse, différente de celle des grandes églises bordelaises voûtées de pierre. Les visiteurs peuvent observer la structure peinte du couvrement, le décor mural, les boiseries et un mobilier religieux largement cohérent avec l’architecture du XIXe siècle.
Les vitraux constituent un autre point d’intérêt. Une importante commande est confiée en 1883 au maître verrier Édouard Didron, acteur reconnu du renouveau du vitrail religieux. Les couleurs des verrières accompagnent les peintures et contribuent à l’unité visuelle de la nef et du chœur.
- Depuis le parvis : prendre du recul pour apprécier la flèche bulbeuse, la lanterne et les pinacles du clocher.
- Sous le porche : observer la séparation structurelle entre la tour et la nef, conséquence directe de l’instabilité du terrain.
- Dans la nef : lever les yeux vers la charpente de bois, substituée aux voûtes initialement prévues.
- Vers le chœur : repérer les vitraux, le décor peint et l’homogénéité du mobilier religieux.
Un patrimoine protégé et toujours vivant
L’ensemble de l’église et de sa parcelle est inscrit au titre des monuments historiques depuis 2016. Cette protection reconnaît à la fois l’originalité de l’œuvre de Paul Abadie, la qualité de son décor et la place du bâtiment dans l’histoire de la Bastide.
Sainte-Marie demeure toutefois un lieu de prière en activité. L’accès touristique dépend donc de l’ouverture effective de l’église et du calendrier paroissial. Les visites ne sont pas possibles pendant les offices religieux : il est prudent de vérifier les informations de la paroisse avant de se déplacer, puis d’adopter sur place une tenue et une attitude respectueuses du recueillement.
Conseils pour découvrir l’église et le quartier
Le monument se rejoint facilement depuis le centre de Bordeaux en traversant la Garonne puis en suivant l’un des grands axes de la Bastide. Le tramway dessert les environs, tandis que les itinéraires cyclables et piétons permettent d’associer la visite à une promenade sur la rive droite. Un accès adapté aux personnes handicapées a été aménagé, mais le niveau d’accessibilité de l’ensemble des espaces n’étant pas détaillé, les visiteurs en fauteuil ont intérêt à se renseigner avant leur venue.
Pour comprendre la place de l’église dans le paysage urbain, il est intéressant de prolonger la balade vers la place Stalingrad, le pont de pierre, le jardin botanique et le parc aux Angéliques. Ces étapes révèlent la transformation d’un ancien faubourg industriel en quartier culturel et résidentiel ouvert sur la Garonne.
La visite peut aussi s’inscrire dans une journée consacrée au patrimoine et à la culture, avec une représentation au Théâtre Drôle de Scène ou d’autres activités, visites et idées de sorties à Bordeaux. Prévoir un peu de recul depuis l’avenue permet enfin de photographier la silhouette complète du clocher, particulièrement expressive dans la perspective urbaine de la rive droite.
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Fiche créée le 19/05/2025, dernière mise à jour le 19/07/2026.

