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Les Jardins du château de Losse à Thonac, une Renaissance végétale au bord de la Vézère

Les Jardins du château de Losse

En bref

  • Les jardins, labellisés Jardin Remarquable, associent charmilles, topiaires, parterres, fontaines, rosiers, bambouseraie et promenades au bord de la Vézère.
  • Jean II de Losse, militaire et homme de cour devenu tuteur du futur Henri IV, transforme en 1576 l’ancienne forteresse familiale en résidence Renaissance.
  • Les anciennes structures défensives sont intégrées au paysage : douves, chemin de ronde, murailles et topiaires dialoguent directement avec les jardins.
  • La promenade alterne chambres de verdure, grande terrasse sur la vallée, jardin bas, knot garden, bambouseraie et parc naturel longeant la Vézère.
  • Une chasse au trésor destinée aux enfants de 5 à 11 ans utilise jardins, tours, douves et fortifications comme terrain d’exploration.
  • La princesse Nhu May d’Annam, fille de l’empereur Hàm Nghi et ingénieure agronome, transforma le domaine en exploitation agricole à partir de 1930.

Les Jardins du château de Losse, une Renaissance végétale au bord de la Vézère

À quelques kilomètres de Montignac-Lascaux, les Jardins du château de Losse forment l’un des ensembles paysagers les plus raffinés de la vallée de la Vézère. Ils entourent une demeure Renaissance construite au cœur d’une ancienne forteresse médiévale et prolongent, par le végétal, l’élégance de son architecture. Charmilles, topiaires, parterres, fontaines, rosiers, bambouseraie et promenades au bord de la rivière composent un parcours où les perspectives ont autant d’importance que les plantations.

Labellisés Jardin Remarquable depuis 2004, les jardins ont également reçu le Prix de l’Art du Jardin décerné par la Fondation Signature de l’Institut de France. Leur intérêt ne tient pourtant pas à une accumulation de plantes rares : tout le charme de Losse réside dans la manière dont château, fortifications, terrasses et paysage de la Vézère ont été réunis dans une composition cohérente inspirée des jardins des XVIe et XVIIe siècles.

D’une forteresse médiévale à une résidence Renaissance

L’histoire de Losse commence bien avant la création des jardins actuels. Dès le XIe siècle, la famille de Losse, venue de Flandres, s’établit dans la vallée de la Vézère et y construit une place forte. Sa position permet de contrôler cet axe naturel de circulation au cœur du Périgord.

Le personnage décisif est Jean II de Losse, né en 1504. Militaire et homme de cour, il est d’abord page de François Ier, sert ensuite les fils de Catherine de Médicis et devient également tuteur du futur Henri IV. Sa carrière le conduit à fréquenter la Cour et à découvrir les nouvelles formes architecturales inspirées de la Renaissance italienne.

À la fin de sa carrière, revenu dans ses terres comme lieutenant général et gouverneur du Limousin et de la Guyenne, Jean II transforme sa demeure ancestrale. En 1576, il fait édifier le Grand Logis Renaissance au sein de la forteresse médiévale. L’ensemble reste cependant défensif : les guerres de Religion imposent de conserver murailles, fossés et dispositifs adaptés aux nouvelles armes à feu.

Une architecture entre élégance et défense

L’arrivée au château permet de comprendre immédiatement cette double identité. Un pont franchit de profondes douves avant de traverser le châtelet et de rejoindre la cour d’honneur. Les murs, tours et ouvertures destinées aux armes rappellent la vocation militaire du site tandis que la façade du Grand Logis marque une rupture spectaculaire.

Dans le calcaire blond du Périgord apparaissent fenêtres à meneaux, frises sculptées, proportions plus régulières et éléments décoratifs caractéristiques de la Renaissance. Le château s’ouvre désormais davantage sur la lumière et sur le paysage, sans renoncer complètement à ses fortifications.

Jean II de Losse a aussi fait graver plusieurs devises dans la pierre. La plus célèbre, visible sur le châtelet, résume sa conception du destin : « L’homme fait ce que peut, la Fortune ce que veut ». Le mot Fortune désigne ici le sort ou la destinée, thème particulièrement parlant pour un homme ayant traversé les guerres et les bouleversements politiques du XVIe siècle.

Des jardins recréés dans l’esprit des XVIe et XVIIe siècles

Les jardins que l’on parcourt aujourd’hui ont été recréés à la fin du XXe siècle parallèlement à la restauration du château. Il ne s’agissait pas de prétendre reproduire au détail près un plan ancien disparu, mais de retrouver l’esprit d’une demeure Renaissance et la relation que Jean II de Losse avait souhaité établir entre architecture et paysage.

Le projet s’appuie ainsi sur une réflexion consacrée aux jardins français et italiens des XVIe et XVIIe siècles. Les espaces sont structurés en plusieurs séquences qui se répondent : jardin en terrasse, chambres de verdure, jardin bas, chemin de ronde, knot garden et parc longeant la Vézère.

Cette restauration paysagère accompagne un travail de sauvegarde du monument engagé depuis les années 1970. Toitures, charpentes, maçonneries, parquets et décors ont progressivement retrouvé leur cohérence, tandis que les jardins redonnaient à la demeure son cadre végétal.

La charmille et les chambres de verdure

Parmi les espaces les plus caractéristiques figure la grande charmille. Les charmes taillés dessinent des couloirs et des chambres de verdure inspirés des jardins réguliers d’autrefois. Le promeneur avance entre les parois végétales, avec des ouvertures ménagées vers le château, les parterres et la campagne.

Le tracé devient progressivement plus ludique et presque labyrinthique avant de rejoindre l’ellipse et sa fontaine du Satyre. Cette alternance entre espaces fermés et perspectives ouvertes donne du rythme à la promenade : on ne découvre jamais tout le jardin d’un seul regard.

À proximité, la bambouseraie forme un contraste avec les compositions plus géométriques. Son petit dédale constitue aussi l’un des passages les plus appréciés des enfants.

Le jardin en terrasse et son balcon sur la Vézère

La grande terrasse constitue l’un des moments forts de la visite. Appuyée contre la falaise, elle accompagne la façade Renaissance du château et ouvre largement la vue vers la vallée. Un balcon datant du XVIe siècle surplombe le paysage et rappelle combien l’ouverture sur l’extérieur devient essentielle dans l’art de vivre de la Renaissance.

Les motifs de buis, les floraisons et les éléments sculptés sont disposés de manière à dialoguer avec les façades. Ici, le jardin ne sert pas seulement de décor : il met en scène le château et multiplie les angles depuis lesquels l’observer.

Le jardin bas, entre topiaires et fontaines

En poursuivant la promenade, on rejoint le jardin bas et le chemin de ronde. Les anciennes structures défensives sont intégrées au dessin paysager. Les topiaires reprennent même par endroits le vocabulaire des fortifications en évoquant une succession de créneaux végétaux.

Une tonnelle forme un passage ombragé et parfumé avant de conduire vers les murs couverts de rosiers. Plus loin, un petit canal associé à la fontaine d’Apollon et de Vénus traverse les compositions de lavandes et de végétaux taillés.

Le jardin a été pensé pour solliciter plusieurs sens : les formes géométriques structurent la vue, les fontaines introduisent le bruit de l’eau et les floraisons apportent parfums et variations saisonnières.

Le knot garden, clin d’œil aux jardins de la Renaissance

Losse réserve également la surprise d’un knot garden, ou jardin de nœuds. Ce type de composition, particulièrement apprécié aux XVIe et XVIIe siècles, utilise des bordures végétales basses pour dessiner des motifs géométriques entrelacés.

Installé sur différents niveaux, celui de Losse joue avec le relief et les vues sur la campagne. Sa présence illustre l’influence européenne qui caractérise l’ensemble du domaine, entre inspirations françaises, italiennes et anglaises.

Des douves au Bain des Nymphes

La promenade ne s’arrête pas aux jardins formels. Les anciennes douves sèches, aujourd’hui plantées, permettent de contourner les fortifications et de rejoindre le parc situé au nord du château.

Le chemin longe ensuite la Vézère dans une ambiance beaucoup plus naturelle. Il conduit jusqu’au Bain des Nymphes, bassin aménagé au XVIIe siècle directement dans le rocher. Cet espace offre un contraste intéressant avec les parterres ordonnés : après la rigueur des tailles et des perspectives, le visiteur retrouve la rivière, les arbres et le relief naturel de la vallée.

Cette proximité avec la Vézère permet aussi d’imaginer une journée mêlant jardin et navigation. Canoë Les 7 Rives propose des descentes de la Vézère depuis Montignac-Lascaux, en canoë, kayak ou paddle, avec plusieurs parcours adaptés notamment aux familles.

Le Grand Logis et son mobilier Renaissance

Le billet des jardins donne également accès au Grand Logis Renaissance. Les intérieurs sont particulièrement intéressants car ils conservent un ensemble de mobilier des XVIe et XVIIe siècles, complété par des tapisseries, tableaux et objets décoratifs.

Cheminées sculptées, escalier d’apparat et salles meublées permettent de replacer les jardins dans leur véritable contexte : celui d’une résidence aristocratique de la fin de la Renaissance. Les pièces cherchent moins à présenter une succession de collections qu’à restituer le cadre de vie qui pouvait entourer Jean II de Losse sous les derniers Valois et les premiers Bourbons.

La découverte peut se faire avec l’audioguide inclus dans le billet. Des visites guidées de l’intérieur sont également proposées régulièrement pendant la saison principale, sans réservation obligatoire lorsqu’elles sont programmées.

Une visite ludique pour les enfants

Les familles disposent d’un terrain particulièrement adapté à une découverte sous forme de jeu. Une chasse au trésor destinée aux enfants de 5 à 11 ans entraîne les jeunes visiteurs à travers les jardins et les fortifications en suivant une série d’énigmes.

Le mini-labyrinthe de la bambouseraie, les douves, les tours et les chemins de ronde transforment naturellement la visite en exploration. Les animations organisées au fil de la saison peuvent aussi porter sur les jardins, les plantes ou différentes pratiques historiques.

Pour préparer plusieurs journées autour du site, la sélection des activités et visites à Montignac-Lascaux permet de combiner Losse avec art préhistorique, villages, patrimoine, promenades sur la Vézère et découvertes gourmandes.

La Princesse Nhu May d’Annam, une étonnante propriétaire de Losse

L’histoire moderne du domaine réserve un épisode particulièrement original. En 1930, le château est acquis par la princesse Nhu May d’Annam, fille de l’empereur Hàm Nghi. Formée à l’Institut National Agronomique, elle est la seule femme de sa promotion et en sort major en 1927.

À Losse, elle transforme le domaine en exploitation agricole, élève des vaches limousines et cultive notamment le blé. Elle participe à l’expérimentation de nouvelles méthodes agricoles et conduit elle-même son tracteur, démarche peu commune pour une femme issue d’une famille impériale à cette époque. Son engagement lui vaut d’être nommée chevalier de la Légion d’honneur et officier du Mérite agricole.

Une tradition locale évoque également l’existence d’une cache d’armes destinée à la Résistance dans le parc. Cette histoire est rapportée comme un récit attaché au domaine, sans être présentée comme un fait définitivement établi.

Après avoir quitté la grande demeure, la princesse s’installe dans une petite maison voisine où elle vit jusqu’à sa mort en 1999. Cette maison accueille aujourd’hui une exposition consacrée à son parcours.

Le Jardin de la Princesse, salon de thé et restaurant

Le jardin de cette ancienne maison accueille désormais Le Jardin de la Princesse, salon de thé et restaurant réservé aux visiteurs du domaine pendant sa période d’ouverture. Installé sous les platanes, il permet de faire une pause au cours de la visite avec plats, desserts et rafraîchissements.

Des aires de pique-nique sont également aménagées derrière le restaurant et vers le Bain des Nymphes. Des toilettes et une boutique complètent les services proposés sur le site.

Pour prolonger la découverte du Périgord par ses produits et ses vins lors d’un passage ultérieur à Sarlat, La Cave de Sarlat propose une sélection de vins de producteurs, bières artisanales et spiritueux, accompagnée de conseils personnalisés.

Des expériences originales autour du domaine

Losse développe également des expériences qui dépassent la visite traditionnelle. Il est possible, selon les formules et disponibilités, de rejoindre le domaine après une balade avec un âne, d’arriver depuis la Vézère en canoë ou encore d’associer la visite à un vol en montgolfière.

Des expériences plus spécialisées sont proposées sur réservation, notamment une découverte consacrée aux rosiers avec bouturage, fabrication d’eau de rose et dégustation, ainsi que des visites premium donnant accès à des aspects du domaine habituellement moins accessibles au public.

Les soirées estivales du château transforment quant à elles la grande terrasse avec visite nocturne, dîner aux chandelles et musique. Elles fonctionnent avec une billetterie spécifique et des places limitées.

Tarifs et organisation de la visite

Le billet adulte coûte environ 12 € et comprend l’accès au Grand Logis, aux jardins, au parc et aux animations ordinaires proposées le jour de la visite. Des tarifs réduits existent pour les jeunes, étudiants et personnes en situation de handicap, tandis que l’entrée est gratuite pour les enfants de moins de cinq ans.

Les billets peuvent être achetés sur place ou en ligne pendant la saison principale. Aux marges de la période d’ouverture annuelle, certaines visites sont accessibles uniquement sur réservation en ligne. La visite classique avec audioguide se pratique librement ; les visites guidées du château durent généralement autour de trois quarts d’heure à une heure.

Pour profiter réellement du domaine, il est préférable de prévoir entre une heure et demie et deux heures, davantage si l’on souhaite parcourir tranquillement le parc le long de la Vézère, déjeuner sur place ou participer à une animation.

Accessibilité et conseils pratiques

Le site indique explicitement que l’accès des personnes à mobilité réduite est limité. La configuration historique des fortifications, les différences de niveaux et certaines parties du parcours empêchent une accessibilité complète. Il est donc recommandé de vérifier les conditions adaptées à sa situation avant la visite.

Les poussettes ne sont pas autorisées à l’intérieur du château. Avec un jeune enfant, un porte-bébé peut donc être plus pratique pour la partie consacrée au Grand Logis.

Les animaux ne sont pas admis sur le domaine. Le site dispose par ailleurs d’un parking privé sur place, mais les informations disponibles ne permettent pas de confirmer de manière suffisamment fiable s’il est gratuit ou payant.

Pourquoi visiter les Jardins du château de Losse ?

Losse offre bien davantage qu’une promenade fleurie. Les jardins prolongent directement l’histoire et l’architecture du château : les anciennes défenses deviennent chemins de promenade, les terrasses encadrent la vallée, les topiaires évoquent les créneaux et les fontaines rappellent l’art de vivre développé à la Renaissance.

L’ensemble permet ainsi de passer sans rupture d’une forteresse médiévale à un logis Renaissance, puis d’un jardin géométrique à un parc naturel longeant la Vézère. L’histoire de Jean II de Losse et celle, beaucoup plus récente, de la princesse Nhu May ajoutent encore deux destins singuliers à cette visite. Pour les amateurs de patrimoine comme pour les passionnés de jardins, Losse constitue l’une des étapes les plus complètes autour de Montignac-Lascaux.

Infos pratiques

Adresse : Château de Losse, 24290 Thonac
Téléphone : +33 5 53 50 80 08

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Fiche créée le 30/06/2025, dernière mise à jour le 01/05/2026.

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