Circuit du moulin du Saut à Gramat : randonnée sauvage dans le canyon de l’Alzou

En bref
- Le Moulin du Saut est enchâssé dans la falaise au-dessus d’une cascade d’environ dix mètres, dans un passage de la vallée large de seulement sept mètres.
- La boucle traverse le fond du canyon de l’Alzou avant de remonter sur le causse et de rejoindre deux belvédères dominant la vallée.
- Les ruines du Moulin du Saut conservent les traces d’un complexe meunier doté autrefois de trois chambres hydrauliques et de quatre paires de meules.
- Le parcours passe également devant le moulin de Tournefeuille et suit des chemins, ponts et murs construits au fil des siècles par les meuniers.
- Le canyon associe rivière intermittente, falaises calcaires, sous-bois, pelouses sèches et dolines au sein d’un espace Natura 2000.
Le circuit du Moulin du Saut, entre canyon sauvage et patrimoine meunier
Aux portes de Gramat, cette randonnée plonge dans le canyon de l’Alzou, au cœur du Parc naturel régional des Causses du Quercy. La boucle associe sous-bois, falaises calcaires, vestiges hydrauliques et belvédères sur le causse. Son temps fort est la découverte du moulin du Saut, dont les ruines semblent enchâssées dans la roche au-dessus d’une cascade.
Le parcours officiel mesure environ 4,6 km, pour deux heures de marche et un dénivelé positif voisin de 90 mètres. Il est classé facile, mais comporte une descente glissante, une remontée en lacets et des passages plus aériens sur le plateau. De bonnes chaussures de randonnée restent donc indispensables.
Une boucle au fil de l’Alzou
Depuis le parking, le chemin descend vers l’Alzou en empruntant d’abord le GR 6, balisé en rouge et blanc. Un pont permet de franchir la rivière avant de rejoindre rapidement les ruines du moulin du Saut. Le circuit poursuit ensuite sa progression dans le fond du canyon vers le moulin de Tournefeuille.
Après Tournefeuille, l’itinéraire quitte le GR 6, traverse de nouveau l’Alzou puis remonte en lacets vers le plateau calcaire, à proximité de l’ancien oppidum de Saint-Cyr. La seconde partie dévoile un paysage plus ouvert : dolines, pelouses sèches, murets de pierre et deux belvédères sur le canyon rythment le retour. Le dernier tronçon longe la falaise puis traverse un sous-bois de chênes pubescents avant de revenir au point de départ. Le balisage principal de la boucle est jaune.
Le moulin du Saut, un édifice spectaculaire dans la falaise
Le nom du moulin vient du « saut », la cascade d’environ dix mètres qu’il domine. L’édifice occupe le passage le plus resserré de la vallée, large de seulement sept mètres à cet endroit. Cette implantation permettait de concentrer la force de l’eau vers trois chambres hydrauliques alimentant quatre paires de meules.
La présence d’un moulin est attestée dès 1442, lorsque le seigneur de Gramat donna le terrain à bail pour y établir une installation meunière. Le bâtiment visible aujourd’hui fut reconstruit entre 1736 et 1739 par Antoine-Raymond de Fouilhac, baron de Gramat. La date de 1739, encore gravée sur un linteau, marque l’achèvement des travaux.
Le moulin réunissait les espaces de travail et tout ce qui permettait au meunier de vivre dans cette vallée isolée : habitation avec cheminée, latrines, source d’eau potable, four à pain et étable. Il fut abandonné en 1924 après un incendie. Des cavités taillées dans la falaise opposée suggèrent qu’un moulin plus ancien aurait autrefois enjambé la rivière.
Des chemins construits par les meuniers
Les sentiers, ponts et murs de soutènement visibles dans le canyon sont eux-mêmes des éléments patrimoniaux. Les meuniers durent tailler la roche et aménager des accès sur les deux rives pour transporter les céréales et la farine. Certains tronçons étaient autrefois revêtus d’une calade de pierre, tandis que des murets canalisaient les berges. Ces ouvrages témoignent de plusieurs siècles d’aménagements, du Moyen Âge au XIXe siècle.
Le moulin de Tournefeuille et ses anecdotes
La boucle passe également devant les ruines du moulin de Tournefeuille, bâti au XVIIIe siècle sur des fondations plus anciennes. Son nom occitan évoque un contre-courant faisant tourner les feuilles à la surface de l’eau. Installé sur un secteur moins pentu, il utilisait une chaussée placée en amont afin d’obtenir la force hydraulique nécessaire ; une ancienne turbine métallique reste observable.
La vallée, aujourd’hui très sauvage, était autrefois cultivée et habitée. De petites terrasses vivrières entouraient le moulin de Tournefeuille et la famille du dernier meunier aurait compté dix-sept enfants. Une histoire locale raconte que la famille, partie participer à la fête de Rocamadour, découvrit le moulin incendié à son retour. Son activité s’arrêta définitivement en 1933.
Le nombre important de moulins dans la vallée s’explique par les besoins des habitants, mais aussi par les céréales et la farine nécessaires pour nourrir les nombreux pèlerins en chemin vers Rocamadour. Aujourd’hui encore, le circuit suit en partie leurs anciens passages.
Un paysage façonné par l’eau et le calcaire
L’Alzou est une rivière intermittente. Après avoir traversé les terrains imperméables du Limargue, son eau s’infiltre dans les fissures du causse karstique. Son lit est donc souvent sec en été, tandis qu’en hiver, au printemps ou après de fortes pluies, la rivière peut redevenir torrentielle et faire apparaître la cascade sous le moulin. La physionomie de la randonnée change ainsi fortement avec les saisons.
À la sortie du moulin, les couches de calcaire forment un pli spectaculaire. Cette courbure résulte des mouvements de la croûte terrestre liés à la collision des plaques ibérique et eurasienne, également à l’origine des Pyrénées. Plus haut, le parcours traverse des dolines, dépressions créées par la dissolution ou l’effondrement du calcaire. Leur sol plus humide porte une végétation sensiblement différente de celle des pelouses sèches du plateau.
La grotte de Roque-Fumade rappelle également l’ancienneté de l’occupation humaine. Cette cavité a servi d’abri temporaire et de lieu de sépulture au Paléolithique. Des silex taillés, galets et tablettes gravées ont été retrouvés dans les abris de la vallée, tandis que d’autres fouilles ont révélé une présence néandertalienne. Vers 800 avant notre ère, l’oppidum de Tournefeuille constituait une place fortifiée sur les hauteurs.
Le chemin de la Reine
La montée reliant la vallée au causse porte le nom occitan de « camin de la Reyna », le chemin de la Reine. Selon la tradition locale, Aliénor d’Aquitaine, qui aurait séjourné à la Pannonie, l’aurait emprunté pour descendre se laver dans l’Alzou. Cette anecdote non démontrée accompagne aujourd’hui encore la remontée vers les belvédères.
Une randonnée dans un espace naturel protégé
Le canyon est classé Espace naturel sensible du Lot et site Natura 2000. Falaises, bois de versant, rivière intermittente, pelouses calcaires et prairies composent une mosaïque de milieux particulièrement riche. La loutre, plusieurs espèces de chauves-souris, le Faucon pèlerin, le Hibou grand-duc, le Martinet alpin et l’Hirondelle des rochers figurent parmi les animaux susceptibles de fréquenter la vallée.
Sur le causse, les brebis caussenardes aux célèbres « lunettes » noires entretiennent les pelouses sèches. Ces espaces accueillent notamment l’Œdicnème criard et le Lézard ocellé. Dans le fond plus humide poussent charmes, frênes, saules blancs et ail des ours. Une ancienne charbonnière métallique rappelle enfin que les bois du canyon servaient autrefois à fabriquer du charbon de bois.
Douze points d’interprétation permettent de comprendre ces patrimoines. Des fiches ENS, disponibles auprès des offices de tourisme, s’insèrent dans les bornes placées le long du chemin. Elles complètent utilement le guide géologique des Causses du Quercy. Afin de protéger ce milieu fragile, il convient de rester sur le sentier et de ne laisser aucune trace de son passage.
Conseils pratiques avant le départ
- Consulter la météo : l’Alzou peut connaître des crues rapides après de fortes pluies. Il ne faut pas s’engager si le niveau de l’eau ou l’état du chemin paraît dangereux.
- Porter des chaussures adaptées : la descente vers le canyon peut être glissante, y compris lorsque le reste du parcours semble sec.
- Prévoir de l’eau : aucune source du parcours ne doit être considérée comme potable sans indication officielle sur place.
- Respecter les ruines : le moulin est un édifice fragile faisant l’objet d’opérations de sécurisation. La signalétique et les éventuelles restrictions locales priment toujours sur le tracé habituel.
- Choisir sa saison : l’hiver et le printemps offrent davantage de chances de voir couler l’Alzou et sa cascade ; la saison sèche facilite l’observation du relief karstique et des trous d’eau résiduels.
L’accès routier s’effectue depuis la D39, en passant le hameau de Lauzou et en suivant la signalisation vers le parking du Moulin du Saut. Un fichier GPX et une fiche détaillée du circuit sont proposés par les organismes touristiques du Lot.
Compléter la découverte autour de Gramat
Cette immersion dans le patrimoine rural peut se prolonger par une étape gourmande à La Grange aux Truffes ou par une découverte agricole à la Ferme des Alix. Pour composer une journée plus large entre cité sacrée, grottes, animaux et activités familiales, retrouvez également les visites et sorties autour de Rocamadour.
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Fiche créée le 30/01/2025, dernière mise à jour le 01/05/2026.

