Moulin des Tours et son Pont Roman à Nérac, forteresse d’Henri IV sur la Gélise

En bref
- Présenté comme le plus grand moulin fortifié de France, l’édifice associe moulin à eau, grenier, péage et forteresse contrôlant le passage de la Gélise.
- Henri de Navarre, futur Henri IV, hérita du domaine et signa certains actes « Henri, le meunier des Tours de Barbaste ».
- Le pont médiéval à dix arches et les quatre tours du moulin composent l’une des silhouettes patrimoniales les plus reconnaissables de l’Albret.
- Cinq salles réparties sur quatre niveaux retracent les fonctions successives de moulin, foulon, forteresse et site industriel.
- Un parcours sonore immersif en douze étapes explique notamment les mécanismes hydrauliques, la turbine, le foulon et l’ancien chemin de ronde.
- L’animation familiale « À l’assaut du moulin » mêle costumes, énigmes, épées, boucliers et simulation d’attaque médiévale.
Le Moulin des Tours et son pont roman, sentinelles de la Gélise
Avec ses quatre tours dressées au bord de l’eau et son pont médiéval à dix arches, le Moulin des Tours forme l’une des silhouettes patrimoniales les plus marquantes du Lot-et-Garonne. Le monument se trouve sur une enclave de la commune de Nérac, à environ cinq kilomètres du centre-ville, face au bourg de Barbaste. Cette situation explique son appellation courante de « moulin de Barbaste », bien qu’il soit administrativement implanté à Nérac.
Présenté comme le plus grand moulin fortifié de France, l’ensemble réunit plusieurs fonctions rarement conservées dans un même édifice : moulin à eau, grenier, poste de péage, résidence fortifiée et verrou défensif contrôlant le passage sur la Gélise. Les extérieurs et les abords du pont peuvent se découvrir gratuitement toute l’année. L’ouverture des salles intérieures est saisonnière.
Un moulin fortifié sur l’ancienne voie de la Ténarèze
Le pont se trouvait sur le chemin de la Ténarèze, un ancien axe emprunté par les marchandises circulant entre la Garonne et les Pyrénées ainsi que par des pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Le passage de la rivière avait donc une valeur à la fois commerciale, politique et militaire.
En 1308 et 1309, Amanieu VII d’Albret, seigneur de Nérac, rachète à deux seigneurs locaux un moulin primitif non fortifié. Il fait édifier une maison forte monumentale destinée à défendre le pont, à percevoir l’octroi et à protéger le moulin, son grenier à blé et les recettes du péage. Le bâtiment associe ainsi production céréalière et affirmation de la puissance des Albret.
La forteresse reste dans le patrimoine de cette famille pendant plus de trois siècles. Au XIVe siècle, elle fonctionne à la fois comme moulin banal et château péager : les habitants soumis au droit seigneurial doivent utiliser ses installations, tandis que le franchissement du pont procure des revenus supplémentaires.
Henri IV, « le meunier des Tours de Barbaste »
Henri de Navarre hérite du domaine par sa mère, Jeanne d’Albret. Lors de ses séjours à Nérac, le futur Henri IV passe régulièrement au pied des tours pour franchir la Gélise et rejoindre ses terres de chasse dans les Landes de Gascogne. Il fait entreprendre des travaux sur le barrage en 1579, puis sur le pont en 1606.
Le roi entretient un lien affectif et politique avec le lieu au point de signer certains actes « Henri, le meunier des Tours de Barbaste ». En gascon, le surnom devient « Lou Moulié de las tous de Barbasto ». Cette formule a nourri de nombreuses histoires populaires, dont certaines relèvent davantage de la légende henricienne que de faits historiquement établis.
Les récits évoquent notamment quatre filles de meunier auxquelles la hauteur différente des tours ferait référence, une tentative d’assassinat contre Henri IV, une mystérieuse fuite de l’Espagnol de Loro ou encore les visites de la reine Margot. La visite guidée aide à distinguer les archives, les traditions orales et les anecdotes transmises au fil des générations.
Guerres de Religion, sièges et transformations industrielles
Pendant les guerres de Religion, le moulin devient une véritable place forte. En 1571, Henri de Navarre crée l’office de « commandant des Tours de Barbaste ». Après l’union du duché d’Albret à la Couronne de France, la forteresse est assiégée en 1621 dans le contexte des rébellions huguenotes. Occupée par le parti protestant, elle est prise par les forces catholiques.
Un foulon à draps est installé au XVIIe siècle. Après la Révolution, l’ensemble devient bien national avant d’être vendu. Le XIXe siècle correspond à son âge d’or industriel. Les propriétaires successifs agrandissent les bâtiments, créent la Maison Aunac et modernisent les mécanismes.
À partir de 1848, le meunier Antonin Bransoulié équipe le site d’une turbine commandant huit meules, d’une machine à vapeur et d’une étuve. Une passerelle métallique franchit alors la rivière pour relier les bâtiments. La farine produite par la société des Moulins d’Henri IV obtient plusieurs récompenses dans des expositions et salons.
Le moulin et le pont sont protégés au titre des Monuments historiques depuis 1889. Le XXe siècle est plus difficile : un premier incendie touche le moulin du Batan en 1905, puis un court-circuit provoque un grave incendie dans le Moulin des Tours en 1937. Les restaurations commencent après la Seconde Guerre mondiale. La production d’électricité et l’activité liée au liège se poursuivent dans une partie du complexe jusqu’aux années 1970.
Une association de sauvegarde est créée en 1986. Le site est ensuite acquis par un syndicat réunissant Nérac, Lavardac et Barbaste, puis repris par l’intercommunalité. Plusieurs campagnes restaurent les façades et les espaces intérieurs. Le monument est accessible en visite libre depuis 2020.
Que découvre-t-on à l’intérieur du moulin ?
La visite libre donne accès à cinq salles réparties sur quatre niveaux. Une exposition permanente retrace environ huit siècles d’histoire au moyen de panneaux, de maquettes et d’éléments liés aux mécanismes du moulin. Le parcours traverse notamment :
- la salle de la forge ;
- la salle des meules, consacrée au travail du grain et au métier de meunier ;
- la salle du foulon, qui explique le traitement mécanique des draps ;
- la salle des turbines, témoin de la modernisation industrielle ;
- les parties défensives et les niveaux supérieurs de la forteresse.
Les thèmes abordés comprennent la famille d’Albret, l’architecture fortifiée, les techniques d’attaque et de défense, le pont sur la Gélise, l’industrie du liège, les anciens silos et les autres moulins du département. Un film en trois dimensions et un parcours sonore immersif en douze étapes permettent de mieux comprendre le fonctionnement hydraulique, la turbine, le foulon, la passerelle disparue et le chemin de ronde.
Une visite libre prend généralement entre 30 et 45 minutes. Son tarif adulte est d’environ 3 €, avec des prix réduits pour les jeunes et la gratuité pour les tout-petits. Un plan est remis à l’accueil et un livret ludique accompagne les enfants.
Visite guidée sur les pas du roi de Navarre
La visite guidée « L’empreinte d’Henri IV » explore les extérieurs et les salles du moulin pendant environ 1 h 15 à 1 h 30. Elle replace le bâtiment dans le domaine des Albret, explique la perception du péage et révèle des détails architecturaux parfois difficiles à identifier seul. Les guides utilisent également les anecdotes et légendes pour donner vie aux personnages associés au monument.
Le tarif adulte se situe autour de 6 €. La réservation en ligne est conseillée, même s’il reste possible d’acheter un billet au guichet dans la limite des places disponibles. Les groupes sont reçus toute l’année sur réservation, avec un parcours et une durée modulables.
Une animation médiévale conçue pour les familles
L’animation « À l’assaut du moulin » transforme la découverte en aventure médiévale. Destinée principalement aux enfants accompagnés, elle combine écoute, observation et résolution d’énigmes. Les jeunes visiteurs sont costumés, découvrent les seigneurs, bâtisseurs et artisans du Moyen Âge, puis participent à une simulation d’attaque avec épées et boucliers. Un adoubement clôt l’expérience.
Cette activité dure environ 1 h 30 à 2 h et coûte autour de 6 € par participant à partir de cinq ans. Le nombre de places étant limité, la réservation est obligatoire. Des visites nocturnes aux lanternes sont également proposées ponctuellement : elles révèlent la double identité de forteresse et de moulin à eau dans une atmosphère plus intimiste.
Le pont roman et les meilleurs points de vue
Malgré son nom traditionnel, le pont dit « roman » est un ouvrage médiéval. Ses dix arches franchissent la Gélise juste en aval des tours. Le pont lui-même se trouve sur la commune de Barbaste, tandis que le moulin se dresse sur le territoire de Nérac. Cette frontière administrative ajoute une curiosité au site : selon la formule de l’exposition, le moulin a « les pieds à Nérac et le cœur à Barbaste ».
La vue la plus emblématique réunit le pont, les quatre tours et leur reflet dans la rivière. Prenez le temps d’observer l’ensemble depuis les deux rives : la lecture de l’architecture change selon que l’on regarde la façade fortifiée, les installations hydrauliques ou les bâtiments issus des transformations industrielles.
Conseils d’accès et d’accessibilité
Un parking se trouve à environ 200 mètres du monument. Des toilettes publiques sont disponibles à une cinquantaine de mètres. Les groupes en autocar peuvent effectuer une dépose et une reprise près du site, mais le véhicule doit ensuite rejoindre un emplacement de stationnement approprié.
Le bâtiment ancien comporte des sols irréguliers, des passages étroits, des marches et un escalier médiéval exigeant pour atteindre les parties hautes. Leur ascension est déconseillée aux personnes âgées ou présentant des difficultés de santé. Le parcours guidé peut toutefois être adapté sur demande : il est important de signaler les besoins particuliers dès la réservation. Lorsque l’accès aux étages n’est pas possible, une visite virtuelle permet d’en découvrir une partie.
Des chaussures confortables sont recommandées. Une partie de la visite se déroulant dehors, prévoyez une protection solaire ou une tenue de pluie selon la météo. Les salles peuvent rester fraîches en demi-saison. En période de fortes chaleurs, les horaires d’accueil sont susceptibles d’être adaptés.
Les animaux, y compris les chiens, ne sont pas admis sur le site. Les billets peuvent être réglés par carte bancaire, chèque, espèces ou chèques-vacances. La réservation en ligne et l’achat au guichet sont proposés pour les visites individuelles.
Prolonger la découverte de l’Albret
À Nérac, la promenade peut se poursuivre dans le Parc Royal de la Garenne le long de la Baïse, entre allées arborées, fontaines Renaissance et vestiges rappelant la cour des Albret. Pour élargir l’escapade à la préfecture du département, le guide consacré aux activités et sorties en famille à Agen réunit patrimoine, promenades au bord de la Garonne, parcs et loisirs sportifs.
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Fiche créée le 02/04/2025, dernière mise à jour le 19/07/2026.

